Chers terriens, aussi lointains que vous deveniez …

 

Voici quelques nouvelles, rapidement rédigées encore, en 2 parties : notre journal de bord et quelques réflexions générales.

 

 

JOURNAL DE BORD

 

Pour le solstice d’été le 21 juin, nous longeons le Doubs et quittons la Côte d’or. Accueillis par un pâté en croûte de saucisse de Morteau, cancoillotte et morbier gentiment offerts par la responsable d’un Carrefour Market à qui nous avions proposé nos services. Youpi pas de doute nous sommes arrivés dans le Jura ! Pourtant c’est … tout plat ?!!
Nous arrivons à Dole juste à temps pour monter la tente et nous apprêter (tongues et vêtements légers sont de mise). En effet, nous laissons, pour une fois, nos vélos pour profiter de la super fête de la musique à pieds. Seul pincement au cœur, toujours personne ne danse à part Auriane (et Isabelle), malgré la foule nombreuse et la musique festive.

 

Dès le lendemain matin nous apercevons enfin quelques vallonnements. Isabelle qui adore la montagne est ravie, elle les attendait. Nous n’avons pas vu la montagne depuis 4 ans ! Et c’est une première pour Auriane, mais elle semble ne pas y accorder d’importance tant qu’elle n’y met pas les mains pour crapahuter !
Mais nous restons toujours le long des chemins de halage, toujours bien à plat dans les vallées. Facile de contempler et profiter du chemin tant qu’on reste en bas !
Les routes restent toujours tranquilles sans voiture, et bien asphaltées maintenant. Merci le pétrole ! (Mais notez tout de même qu’un vélo pèse en gros 15kg, une voiture 1 tonne et demi, soit 100 fois plus, et que les voitures détruisent bien plus vite les routes que les vélos.)

 

Rapidement nous rejoignons Jacqueline, une esperantophone écolo pour rouler ensemble tranquillement vers Besançon le long du Doubs pour … nous installer quelques jours chez sa fille, partie avec sa famille à Belle Ile cette année !
Encore un magnifique concours de circonstances et de solidarité qui nous permet de passer 3 nuits très reposantes et confortables.
Jacqueline nous fait immédiatement entrer dans le monde merveilleux des alternatives, extrêmement développé à Besançon : resto – trottoir, gratuité, monnaie locale, ville championne de biodiversité… De fil en aiguille nous faisons de très riches rencontres, comme ces 2 familles qui proposent des éducations alternatives à leurs enfants, dont Linn-Linn originaire du Laos qui incarne magnifiquement l’image idéale que s’est faite Isabelle du Laos à partir des histoires de sa doula Céline … Merci merci…

 

A Besançon, devant un marché Casino où nous avons récupéré des fruits et légumes sur le point d’être jetés, après quelques minutes de mise en condition, Isabelle saute le pas d’aller discuter avec « une SDF en crise de larmes » et partager notre butin avec elle, et arrive sans problème à se relier et -dixit la jeune femme- à la soulager grandement et peut-être même l’aider sur le plus long terme.
Nous avons nous aussi déjà « fouillé des poubelles » pour manger, connaissons des « spots » et bonnes idées qui tirent vers le haut, avons déjà dormi en pleine ville, et commençons à connaitre un peu de l’intérieur différents mondes : populations aisées, milieux agricoles, milieux « populaires » français ou immigrés, personnes en difficulté, milieux traditionnels durables… Ce sont des expériences riches qui nous transforment, mais il est difficile de les transmettre pleinement, peut-être parce que comme le dit Einstein « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information. », peut-être aussi par manque de recul, encore trop la tête dans le guidon !

 

Nous passons parfois la nuit avec d’autres cyclo-campeurs : une famille avec qui Auriane joue, une autre avec qui nous nous baignons (lavons) dans de superbes rapides du Doubs, un jeune couple de clowns avec qui nous l’eau des cours d’eau pour la boire après l’avoir filtrée avec notre super filtre, et avec qui nous partageons un bout de route jusqu’à Mulhouse pour participer à Alternatiba le week-end…
Guillemette nous a quant à elle rejoint de Bretagne en voiture pour quelques jours de vélo et de « co-éducation » d’Auriane.

 

Après de belles pistes cyclistes toujours verdoyantes et sauvages le long des cours d’eau, nous voilà donc à Mulhouse le 29 juin pour la réunion des bénévoles d’Alternatiba du vendredi soir. Nous sommes heureux de partager ces moments d’organisation et partage collectifs, y compris en aidant en coulisses, malgré notre fatigue. Nous séjournons chez Victor et Sylvie, le couple adorable qui a initié le festival il y a quelques années.

 

Et voilà, après une très belle journée, le beau village Alternatiba est déjà replié.
Guillemette a encore transmis beaucoup à Isabelle pour Auriane (carnet de papier de récup’ relié à la main, comptines, activités simples à partir de laine et pommes de pin …).
La ville est pleine de gens d’origines diverses, c’est un plaisir de voir enfin dans les parcs des enfants actifs, qui jouent au foot, escaladent, courent (même un bébé sénégalais de 8 mois, très à l’aise à la marche car il a toujours été porté dans le dos comme ça se fait là-bas), font des acrobaties, s’entraident…
Isabelle encourage des femmes voilées très réservées à faire confiance à leurs enfants et reçoit en retour des tonnes de gratitude de s’être adressée et intéressée à elles et leurs enfants et d’avoir apaisé leurs peurs et tensions latentes. En retour nous sommes heureux de recevoir des compliments pour l’épanouissement et la débrouillardise d’Auriane.

 

ARRIVÉE EN ALLEMAGNE

Au bord de la frontière allemande, nous ressentons la tristesse du départ, de quitter ses proches « pour de bon ». Le voyage est tellement long qu’au départ de Bretagne nous ne pouvions pas vraiment réaliser que nous « partions ». Mais nous savons que nous gardons le contact, de différentes façons : revoyures, téléphone, internet, télépathie … Et nous ressentons en même temps (ça va probablement de paire) un léger vide, vertige, un peu inquiétant de l’inconnu, car rappelons-le nous vivons toujours sans argent. Les villes sont déjà comme étrangères, les boulangeries pleines de pâtisseries inconnues…
Et nous voilà de l’autre côté de la grande passerelle, de l’autre côté du Rhin, de l’autre côté de la frontière. Ici les panneaux sont en allemand, on n’y connait pas les codes, on ne sait pas si on nous laissera de temps en temps donner un coup de main contre de la nourriture ou au moins qu’on nous laissera prendre de la nourriture qui risque de partir à la poubelle.

 

En quelques dizaines de minutes on retrouve des repères et quelques phrases. En quelques heures on retrouve la joie et l’universalité de la nature. Et en quelques jours on retrouve la générosité et l’empathie omniprésente notamment entre étrangers. Ouf nous sommes sauvés !
Mais qu’en sera-t-il en Hongrie où nous ne parlons pas du tout la langue ? et que dire de l’Asie centrale et de la Chine ?
Car nous constatons que même ici peu de gens de plus de 30 ou 40 ans parlent anglais (notamment en campagne où nous passons presque tout notre temps), et pour trouver encore des esperantophones il nous faudrait du temps et/ou internet, sans vraiment avoir ni l’un ni l’autre. Et au premier abord, plus notre connaissance de la langue s’appauvrit plus les échanges s’appauvrissent.
Notre message d’un voyage et d’un mode de vie plus soutenables se résument dans les oreilles de nos interlocuteurs en « vous voulez manger et n’avez pas d’argent ? ».
Mais avec plus de temps, nous montrons avec les mains les poubelles à incinérer pleines de bidules et de nourriture, les gens sur leurs téléphones, les pots d’échappement, les bébés, la nature … et finalement avec du temps et de la disponibilité d’esprit on se comprend au moins un peu, en tout cas sur *l’essentiel*.

 

Nous filons rapidement le long de la rive nord (rive droite) du Rhin vers une rare mini-halte touristique, aux chutes du Rhin, qui nous mènent vite au lac de Constance, après des repas simples (mais gastronomiques) généreusement offerts.
Les vélos sont rois en Allemagne, la route est décidément presque toujours facile, sauf pour quitter le grand lac de Constance et gagner les sources du Danube à travers de forts vallonnements. Nous perdons quelques temps les panneaux de l’Eurovélo 6, mais nous arrivons tout de même, grâce à nos cartes européenne et allemande, à Tuttlingen !
Voilà le Danube ! Si petit encore ! Il nous ouvre la voie vers l’Autriche, l’Europe centrale, l’Europe de l’Est, jusqu’à aller se jeter, énorme, dans la mer Noire en Roumanie… encore une nouvelle page du voyage que nous ouvrons … avec plus de confiance qu’à notre entrée en Allemagne !

 

Tuttlingen, à 30 km des sources du Danube, est très cosmopolite, populaire et agréable. Puis la première journée de vélo dans les montagnes de la Forêt Noire, le long du Danube, est beaucoup plus sportive que prévue, mais *somptueuse* de nature sauvage (rivière, paysages boisées, marais de castors, simili « alpages » …).

Puis jour après jour, la vallée s’élargit, reste très jolie mais devient plus « habituelle ».
Nous arrivons à Ulm le 15 juillet, soit 3 jours en avance avec la date prévue, pour accueillir la famille pour quelques jours de vacances. C’est à peine le temps qu’il nous faut pour réparer nos propres vélos, trouver des repères plus confortables pour la famille : camping (mini terrain d’un club de canoë associatif et « familial » avec douche et cuisine partagée), lieux où récupérer rapidement à manger, vélos pour les filles de Damien (finalement trouvés pas auprès des rares organisations écolos mais auprès de jeunes papotant sur les bords du Danube)…

 

 

 

RÉFLEXIONS GÉNÉRALES

 

LE TEMPS

Ouah cela fait déjà … un mois que nous avons écrit le dernier message ! Oui, le dernier avait été rédigé le 19 juin en trouvant tant bien que mal 3h top chrono pour l’écrire au fil des idées, et depuis le temps passe encore plus vite.
Pourquoi le temps passe-t-il si vite ?
Parce qu’au bout d’un mois, la fatigue accumulée a empêché Isabelle de prendre des notes la nuit comme elle le faisait avant, parce que la pluie plusieurs jours d’affilée nous demande beaucoup de travail pour les attentes de beau temps, pour la gestion des langes et le séchage de toutes les affaires en général (même celles stockées en sacoches), parce que notre priorité après dormir, manger, s’occuper des vélos, laver les langes et rouler pendant les siestes d’Auriane est de consacrer un minimum de temps à Auriane, parce que lancer l’annonce de recherche de lieu pour l’hiver a aussi été prioritaire les très très rares fois où nous avons eu accès à un ordinateur, parce que si nous voulons arriver en Hongrie avant qu’il ne fasse trop froid, nous devons continuer à aussi peu nous arrêter que possible, parce que … parce que … pas facile de tout expliquer maintenant que nous sommes entrés dans une réalité tellement différente de notre vie sédentaire ! Et même s’il on acceptait de lâcher du lest sur nos idéaux écolos, de bonne « éducation » pour Auriane et d’économie budgétaire en se munissant de quoi aller sur internet, il n’est pas sûr que cela nous « fasse gagner du temps ». Réflexions et expériences à suivre sur notre fonctionnement quotidien général … Peut-être que des nuits plus reposantes et donc plus courtes grâce à la gigoteuse d’Auriane (retrouvée et apportée cette semaine) suffira à nous aider.

 

LA GÉNÉROSITÉ

Nous profitons souvent de la générosité et la solidarité des gérants des commerces et parfois même des restaurants, qui osent ou peuvent rarement nous faire travailler, mais nous donnent souvent, tout de même, de la nourriture (malheureusement pas toujours sur le point de partir à la poubelle). Merci merci … Nous tenons donc « la » position de ceux à qui on tend la main, et quittons celle de ceux qui peuvent la tendre ?
Nous (re)découvrons surtout que le monde n’est peut-être pas si binaire, et que savoir recevoir une aide nécessaire n’est pas facile. Des expériences marquantes, un bain dans lequel nous nous plongeons avec sincérité. Pas le choix, on a lâché prise, quitte à ne même plus arriver à prendre de recul pour un temps. Et quoique nous redoutions en général les … généralisations … il faut avouer que statistiquement la plupart des populations étrangères peuvent à la fois être plus pauvres que la part de la population française (dont nous faisons partie) et en même temps beaucoup plus fraternelles et solidaires au présent (ici et maintenant), même avec nous les français d’origine.

 

AURIANE

Dans le fond, ce qui détermine quasiment tout notre voyage, c’est Auriane ! Nous goutons à la joie d’être parents dans la nature, sans point d’attraction électronique, à la recherche de petits coins de paradis de verdure près des cours d’eau, partageant notre quotidien très actif avec elle (monter la tente, préparer le feu, laver les langes, retoucher les vélos …) … Isabelle a vite arrêté de laver les langes à la cendre ou au savon : avec un grand bac (lavabo, rivière …) il suffit de bien les malaxer dans l’eau, essorer chaque lange à fond et changer le bain 2 fois pour enlever les odeurs d’urine.
Nous roulons lorsqu’Auriane a besoin de dormir et cherchons des aires de jeux avec des enfants à son réveil.
Damien a accroché la selle de la draisienne d’Auriane sur le cadre de vélo d’Isabelle, collée au guidon, pour écouter (et demander !) les histoires et comptines et découvrir les paysages et animaux du chemin.
Mais nous n’avons que quelques petits aliments dédiés à elle : des fruits oléagineux, des galettes de riz, de la poudre de châtaignes amandes… et surtout du bon lait de maman humaine ! Et pas de sucre, tel qu’Isabelle essaie de le conseiller aussi à des mamans en chemin qui veulent gentiment lui offrir des glaces ou bonbons…
Mais les nuits sont fatigantes car Auriane s’endort et se réveille avec le soleil, comme les oiseaux, mais se réveille plus souvent qu’eux, faute d’une bonne solution pour l’aider à dormir dans une bonne température, ni trop chaud ni trop froid, sans doute. Après l’aube bizarrement nous arrivons souvent à récupérer un peu, nous levant alors entre 8 et 9h.
Pour le moment, Auriane ne joue presque jamais seule, demandant toujours l’attention d’un de nous deux, et éventuellement un peu d’énergie même lorsque nous n’en avons plus après 4h de vélos très chargés !

 

L’ARRIVÉE EN ALLEMAGNE, A L’ETRANGER

voir dans la partie « journal de bord »