Octobre – Décembre 2018 : WWOOFING EN HONGRIE

 

Après une pause de presque un mois à Budapest, destinée à fêter les 2 ans d’Auriane avec ses grands-parents, à faire de belles rencontres et à rechercher, à l’ancienne (tels des détectives privés sans internet), les réseaux socio-écolo de la capitale, Isabelle, Damien et Auriane Allard remontent sur leurs fidèles destriers à 2 roues mi-octobre.

 

Il est maintenant temps de se poser, au chaud et avec moins d’incertitudes au quotidien, à travailler dans des fermes écologiques en échange du gîte, du couvert, et de nombreux et riches échanges humains.
La famille Allard a ainsi envoyé en juillet dans un café internet en Allemagne des messages vers 5 des 30 fermes hongroises inscrites au réseau WWOOF (World Wide Opportunities in Organic Farms) pour être accueillis en hiver avec leur bébé.
Ils ont rapidement reçu 2 réponses positives dans des fermes situées près de la grande rivière Tisza !

 

Les Terriens en Chemin sont un peu excités de reprendre la route, d’ouvrir une nouvelle page de leur aventure et de goûter à leurs dernières nuits de nature sous tente auprès des rivières hongroises sous de belles couleurs automnales.

Les nuits sont longues, mais l’été traîne, faisant bénéficier aux cyclistes de températures chaudes et d’un ciel sans la moindre pluie.

 

Et les voilà à Bokros, petit village près de Csongrad, pour rencontrer la première famille qui peut les accueillir en WWOOFing cet hiver.
Il s’agit d’un couple en reconversion professionnelle et de leurs deux filles adolescentes.

Ils n’ont commencé la construction de la ferme il n’y a que 4 ans, pourtant elle est déjà très aboutie et assez sophistiquée. Leurs heures étendues de travail, leurs salaires, leur efficacité dans la « gestion de projets » et leur confiance en l’avenir y sont pour beaucoup !
La ferme est même « trop confortable » au goût des Terriens en Chemin, trop peu sobre en consommation d’électricité.
Leurs hôtes ont en effet pourvu l’intégralité de leurs toitures de panneaux solaires afin de se sentir libre d’utiliser l’électricité sans compter.

Côté « agricole », ils ont une vingtaine d’animaux (chèvres, moutons et vaches aux cornes impressionnantes), un verger et un projet de construction d’aquaponie dès la construction de l’étable et poulailler achevée.

En tout cas, avec ce couple plein de projets il y aura pour sûr à la fois du travail et des conditions d’accueil très agréables pour cet hiver !

 

Afin de s’assurer que les conditions de séjour en WWOOFing dans la seconde ferme sont aussi bien remplies (possibilités réelles d’accueil d’Auriane et bonne entente avec la famille essentiellement) et de planifier les périodes de WWOOF entre les 2 fermes entre octobre et mai, les Allard rejoignent ensuite la seconde famille, à une cinquantaine de kilomètres de Szeged.

 

Cette ferme-ci, accessible seulement après 2 terribles kilomètres de chemin de sable sec et profond, est à première vue, aux antipodes de la première ferme. Elle est en effet extraordinairement sobre en ressources de toutes sortes (eau, électricité, énergie en général…) et construite à partir de matériaux locaux et sains (l’argile des murs de la maison a été pelleté du sol à seulement 10 mètres de là).
Et pour cause, la ferme n’est reliée ni au réseau électrique ni au réseau d’eau.

Pour préparer les 2 douches hebdomadaires des 4 membres de la famille et en même temps remplir les abreuvoirs des animaux (quelques vaches, ânes et chèvres et une centaine de moutons), il est donc nécessaire d’allumer un groupe électrogène pour pomper l’eau du sous-sol (sous-sol qui regorge d’une eau très saine comme toute la zone entre le Danube et la Tisza) puis d’attendre environ 1 heure que la combustion du bois chauffe le chauffe-eau de 100 litres.

En vivant ainsi, le couple à l’origine de la ferme souhaite prendre soin de la Terre et des autres peuples du monde mais aussi prendre soin d’eux-mêmes. D’ailleurs, le couple n’est pas hongrois mais suisse-allemand, et s’est installé dans cette région très pauvre de Hongrie il y a une petite quinzaine d’années, jugeant que les Suisses vivaient avec bien plus de confort que ce dont il n’avait besoin.

Une harmonie profonde entre les humains et la nature y est palpable grâce aux ouvrages humains si naturels et à la cohabitation entre toutes les espèces animales : les vaches, ânes, chèvres et moutons jouissent de très larges espaces entre étable de bois, espace à découvert et espace boisé, tandis que les poules, chiens et chats sont en liberté totale dehors sur le terrain si joliment boisé qui semble sans limite, et que seuls les lapins sont enfermés dans leurs clapiers.

Les moutons vont même paître 2 fois par jour pendant 2 heures selon un parcours presque toujours différent reliant différents champs (de sable !) cultivés par des voisins et parfois disponibles aux moutons.
C’est alors une course effrénée qui commence avec l’assistance des chiens, pour guider les moutons à chaque intersection et les empêcher de manger le champ de jeunes pousses ou la lignée de pommes-de-terre qui ne serait pas encore ramassée.

Tout ceci forme un idéal de rêve pour les férus de « relocalisation », de « sobriété », de « cohérence consciente » et « de lien à la nature et au vivant » que sont les Allard, mais qui laisse semble-t-il peu de place à l’inaction.

Dans cette ferme les Allard pourront à nouveau nourrir leurs besoins de base, avec beaucoup plus de travail certes mais avec des expériences de lien au vivant beaucoup plus profondes pour leur bébé Auriane, un des objectifs de leur voyage déconnecté. Ils y séjourneront durant la seconde moitié de l’hiver, début 2019.

 

En tout cas, dans ces deux fermes les Allard ont rencontré des familles particulièrement aimantes et bienveillantes, avec lesquelles la vie commune et les échanges sont bien sûr intimes et enrichissants. Mais malgré la qualité de ces relations, famille et amis manquent aux Allard : le manque de communication approfondie causée par leur mode de voyage et l’absence d’une langue commune leur pèse beaucoup après ces 8 mois de voyage. C’est ainsi que dès l’Allemagne ils ont décidé d’enfreindre chaque année leur principe de ne plus prendre ni l’avion ni le train, et de rentrer en France pour Noël !! Mais bizarrement, ceci a en fait du sens au niveau écologique et monnaitère puisqu’autrement c’était les 3 enfants de Damien, ses 2 parents et les 2 parents d’Isabelle qui auraient du les rejoindre pour Noël… 2.5 voyageurs contre 7, il n’y a pas photo ! Plus tous les amis à retrouver…

 

Et les Allard participent bien sûr à un projet de reforestation au Nicaragua pour absorber tout le carbone émis par leur voyage. Le GIEC l’a bien conclu, même si jusqu’ici les modèles envisageaient surtout une augmentation moyenne de température de 2°C, il est possible de la limiter à 1.5°C. Il faut pour cela par exemple que dans 20 ou 30 ans la quantité de carbone émise se limite à celle absorbée ! L’effort, radical et à entamer tout de suite, est nécessaire pour sauver la biodiversité, être humain inclus… https://www.ipcc.ch/sr15/  C’est le défi historique que notre génération doit relever, et au plus vite, pour nous-mêmes et pour les générations à venir ! Vive le vélo, la sobriété matérielle et financière, la nourriture locale et le végétarisme !